Canyon de la rivière Kuiseb

Récit de 2 géologues allemands cachés dans le désert du Namib

L’histoire de deux géologues allemands, Henno Martin et Hermann Korn cachés dans le désert du Namib pendant deux ans et demi pendant la Seconde Guerre mondiale, est bien connue des Namibiens mais moins connue des visiteurs. Voici leur récit.

Henno Martin, né en 1910 à Fribourg (Allemagne), obtint un doctorat en sciences naturelles et géosciences à l’Université de Bonn.

Hermann Martin, né en 1907 à Seggerde (Allemagne), collectionnait des minéraux lorsqu’il était enfant et devint le plus jeune membre de la société géologique de Saalfeld à l’âge de 10 ans.

Les deux amis, profondément troublés par le tournant de la politique allemande du début du 20ème siècle, décidèrent de chercher du travail à l’étranger. 

En août 1935, les Drs Korn et Martin montèrent à bord du bateau à vapeur Usambara à destination de Walvis Bay. Au cours de leur trajet le long de la côte ouest de l’Afrique, ils visitèrent plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest : Guinée, Sierra Leone, Ghana, Nigéria etc.

Le 8 septembre 1935, ils arrivent à Walvis Bay. Leurs recherches géologiques commencent dans les monts Naukluft en octobre.

Sur la base de leurs recherches, Henno Martin et Hermann Korn réfutèrent l’éminent géographe, le professeur Erich Obst, qui avait considéré comme très probable la déshydratation à venir de la Namibie. Ce différend a abouti à une question politique, à la suite de laquelle les deux jeunes géologues ne purent pas retourner en toute sécurité en Allemagne.

Lorsque leurs fonds de recherche prirent fin, les deux amis durent trouver un emploi. En 1937, ils deviennent consultants dans le choix de l’emplacement des puits d’eau, ce pour quoi ils étaient bien formés.

Le vendredi 1er septembre 1939, ils apprirent à la radio que l’Allemagne nazie avait envahi la Pologne. La Seconde Guerre mondiale avait commencé.

Dès lors, commence l’internement des Allemands vivant dans en Namibie. Ainsi, les deux géologues restèrent provisoirement libres, mais durent restituer leurs armes de chasse. Ils purent poursuivre leur travail sous certaines conditions.

Le 25 mai 1940, avec le chien Otto d’Hermann Korn, une camionnette, un pistolet et un fusil de chasse, ils prirent la route au crépuscule vers le sud-ouest en direction du Namib jusqu’au versant supérieur de la rivière Kuiseb. Là, ils cachèrent leur véhicule et pendant les deux années suivantes (plus 100 jours), ils vécurent dans un isolement total, connectés à la civilisation uniquement via un récepteur à ondes courtes.

Comment 2 géologues Allemands ont-ils survécu cachés dans le désert pendant 100 jours ?

Les 2 géologues durent trouver des solutions astucieuses pour survivre dans le désert.

Leurs journées étaient essentiellement passées dans le cercle sans fin de la survie, à savoir trouver de la nourriture et de l’eau.

Ils n’avaient que ce qu’ils pouvaient apporter avec eux. Les approvisionnements étaient limités et basiques (farine, sucre, tabac, etc.). Ils durent apprendre à chasser.

Ils enlevèrent la batterie de leur voiture et la rapportèrent pour alimenter leur radio leur permettant de suivre le cours de la guerre et d’écouter des concerts symphoniques sur Radio Cape Town. La batterie a été chargée avec une éolienne. 

Ils s’inquiétaient de leurs empreintes dans le sable et donc fabriquèrent des semelles en caoutchouc qui ressemblaient à des traces d’oryx et de zèbres pour empêcher la détection.

Le quotidien était aussi fait de moments de répits durant lesquelles ils capturèrent leur vie quotidienne en photographies. Hermann Korn a peint aussi plusieurs paysages à l’aquarelle et jouais du violon. Malgré les difficultés, ils poursuivirent la cartographie de l’environnement et leurs recherches géologiques.

Durant les 2 prochaines années, ils changèrent d’abri à 3 reprises.

Dans leur 2ème cachette à Nausgomab, ils construisent même une maison à partir de dalles éparpillées dans la région.

L’eau devenant de plus en plus rare, ils décidèrent de construire un réservoir d’eau. Après deux semaines, le réservoir était prêt. On en voit encore les vestiges aujourd’hui.

Octobre 1941, seulement 8 jours après avoir terminé le réservoir d’eau, Hermann repéra une patrouille de police et ils décidèrent de se déplacer vers la troisième et dernière cachette.

Leurs réserves de nourriture s’amenuisent et le gibier s’était déplacé faute de ressources en eau. Le manque d’approvisionnement devenant critique, Hermann Korn entreprit un voyage audacieux jusqu’à Windhoek. il revint avec un large stock de nourriture pour le plus grand plaisir de Henno et Otto.

Mi-février 1942, la pluie arriva : 100 mm en une demi-heure. Leur maison fut engloutie. Les deux géologues réussirent à se réfugier sur le versant de la montagne où ils érigèrent une maison d’urgence.

La fin d’une aventure extraordinaire

Hermann, tomba gravement malade du béribéri (une maladie provoquée par un déficit en vitamine B1) nécessitant son hospitalisation le 2 septembre 1942. Henno le conduisit à Windhoek puis retourna avec Otto dans le désert.

Herman étant convaincu que Henno ne serait pas capable de survivre seul, donna l’emplacement à la police.

Henno, fut arrêté et emmené à Windhoek. Il passa deux jours en prison et deux semaines en isolement à l’hôpital, avant qu’Hermann ne soit assez bien pour qu’ils fassent face à un magistrat, accusé d’une longue liste d’infractions mineures.

Ils reçurent une petite amende, payée par des amis, et libérés. Avant même la fin de la guerre, ils furent embauchés par le gouvernement Namibienn pour mener l’exploration des eaux souterraines.

Des destins extraordinaires se séparent

Le 9 août 1946 Hermann Korn meurt dans un accident de voiture.

En 1947, Henno est nommé directeur de la branche Namibie du South African Geological Survey  jusqu’en 1963 où devient directeur de l’Unité de recherche précambrienne à l’Université du Cap. Après seulement deux ans au Cap, Henno s’est vu offrir un poste prestigieux chaire à l’Institut géologique et paléontologique de l’Université de Göttingen (Allemagne), poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite en 1975.

Le livre de Henno Martin “The Sheltering Desert”, est une lecture recommandée pour tous ceux qui souhaitent retracer les aventures de Henno Martin et Hermann Korn. The Sheltering Desert est maintenant dans le domaine public et ne peut être acheté que d’occasion (si vous êtes chanceux). Une copie pdf complète (en Anglais) est disponible ici.